Cinq mois après son installation à la tête de la diplomatie haïtienne, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes fait l’objet d’une vague de commentaires très critiques sur les réseaux sociaux. Entre reproches sur son bilan et attaques plus personnelles, tour d’horizon d’une contestation qui grandit, sans que les accusations les plus dures ne soient, à ce stade, étayées par des faits vérifiés.
Nommée le 4 mars 2026 par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dans le contexte de la transition politique en cours, Raina Forbin, femme d’affaires et diplomate reconnue dans le secteur touristique haïtien, avait promis à son installation une « diplomatie proactive ». Cinq mois plus tard, le ton a changé dans une partie de l’opinion publique en ligne, où son action suscite un flot de réactions hostiles.

Une avalanche de commentaires hostiles
Sous les publications relayant l’actualité de la chancelière, les internautes ne mâchent pas leurs mots. Certains l’accusent de multiplier les déplacements à l’étranger sans résultats concrets pour la population. D’autres vont plus loin, l’accusant de mentir dans ses discours officiels, la qualifiant de « nulle », ou mettant en doute jusqu’à son état psychologique. Des commentaires en créole dénoncent un gouvernement qui « encouragerait la médiocrité » et laisserait l’impunité prospérer face aux crimes des gangs, tandis que la police resterait, selon eux, inactive.
Une partie des critiques dépasse la seule action ministérielle pour viser la nomination même du cabinet, certains internautes assimilant la composition du gouvernement à une distribution de postes « triés sur le volet », comparable, selon eux, à la pratique américaine des nominations présidentielles. D’autres, dans un registre plus radical, accusent la ministre de vouloir « vendre le pays » une accusation grave, non étayée, qui circule sans preuve dans les commentaires en ligne.
Ces réactions s’inscrivent dans un climat social tendu, marqué par la persistance de la violence des gangs, notamment dans la région de Kenscoff, où un massacre dans la nuit du 23 au 24 août 2026 a ravivé la colère populaire contre l’exécutif dans son ensemble. Plusieurs commentaires reprochent au gouvernement d’avoir présenté, après ce drame, des opérations de sécurité jugées peu crédibles par une partie de la population.
Un bilan jugé « déséquilibré » par une partie de la presse
Au-delà des réseaux sociaux, certains médias haïtiens portent également un regard critique sur l’action de la chancelière, dans des termes plus mesurés. Le site Rezo Nòdwès, dans un article consacré à son bilan, estime qu’il existe en diplomatie une tentation de confondre le mouvement avec l’action, les rencontres avec les résultats et les déclarations avec les victoires, et que depuis son arrivée le 4 mars 2026, Raina Forbin donne l’image d’une chancellerie en mouvement, qui voyage, rencontre, intervient dans les forums internationaux et multiplie les initiatives. Le média estime que le bilan de la ministre apparaît déséquilibré, avec beaucoup de présence et d’activité, mais encore trop peu de résultats stratégiques mesurables.
Le même article tempère toutefois ce constat en rappelant les limites réelles du poste : la ministre ne commande ni la police haïtienne ni les forces internationales, ne décide pas de la politique migratoire américaine et ne peut, à elle seule, régler une crise d’État vieille de plusieurs décennies.
Ce que dit la ministre de son action
De son côté, la chancellerie met en avant un bilan de réformes. Lors d’un point de presse tenu le 13 août 2026, Raina Forbin a présenté le bilan de ses cinq premiers mois à la tête du ministère, insistant sur des réformes administratives, la modernisation des services et de nouvelles orientations pour la diplomatie haïtienne, avec notamment la mise en place de quatre nouvelles plateformes numériques. Elle a évoqué le renforcement de la coopération internationale en matière de sécurité, la mobilisation du réseau diplomatique en soutien au processus électoral, ainsi que l’amélioration de l’assistance consulaire aux Haïtiens vivant à l’étranger.
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 20 juillet 2026, la ministre avait par ailleurs affirmé qu’Haïti se rapprochait du rétablissement de la sécurité et de la tenue d’élections, tout en réclamant le maintien de l’appui international et le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs.
Une contestation à replacer dans son contexte
Il convient de noter que la grande majorité des commentaires les plus virulents relayés en ligne — accusations de mensonge, mise en cause de la santé mentale de la ministre, ou soupçons de « vente du pays » — relèvent de l’expression d’un mécontentement populaire et non d’informations vérifiées. Ils reflètent avant tout l’exaspération d’une partie de la population face à l’insécurité persistante et à la lenteur perçue des résultats du gouvernement de transition, plus qu’ils ne constituent des éléments factuels sur l’action réelle de la ministre.
Reste que cette accumulation de critiques, qu’elles viennent des réseaux sociaux ou d’une partie de la presse, illustre la pression grandissante qui pèse sur l’équipe gouvernementale à l’approche d’échéances électorales présentées comme décisives pour la sortie de crise du pays.

